« Ils posent nus pour onze euros de l’heure. Ce ne sont ni des occasionnels, ni des étudiants, mais des modèles d’art à plein temps et avant tout des précaires. Depuis 2008, ils demandent la reconnaissance de leur métier. »

Cliquer ici pour lire l’article (avec vidéo) de la journaliste Carole Dieterich.

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Episode 1

Je laisse aller ma vie de modèle au gré des ans, de la conjoncture économique, et du souvenir que professeurs et artistes gardent de moi et des mes prestations. Un numéro de modèle (qu’il commence par zéro six ou qu’il lui ait valu des applaudissements) s’oublie vite, néanmoins. Et même lorsqu’on parvient à se préserver quelques aires d’enseignement gardées (des écoles qui avec vous pour modèle et deux ou trois autres n’ont pas besoin de plus ni mieux), cela ne vous rapporte pas (venant de chacune d’elles) au delà parfois de quinze ou vingt heures par an.
Et malgré tout je m’estime heureux très souvent de pouvoir exercer ce métier, en plus ou en dehors de celui de tailleur de pierres qui m’occupe une grande partie de l’année, quand il y a du travail et donc de l’argent en grande quantité pour qu’on daigne en consacrer une (petite) partie à la préservation du patrimoine architectural, en France, à Paris.

Je remercie tous les gens qui m’ont permis d’en rencontrer d’autres en dehors de mon cercle de relations strictement professionnelles (le milieu de la taille de pierre est restreint finalement), et qui m’ont laissé assez de temps pour faire mes preuves (concernant l’expression artistique) et apprivoiser un corps qui a tiré grand bénéfice de cette discipline. Poser nu. Je crois que je n’aurais pas le courage aujourd’hui de repasser par mes débuts (de cette activité en tant que modèle vivant), qui ont tellement coïncidé avec toutes les erreurs qu’on ne refait pas les séances d’après, stigmatisé par les douleurs encore marquantes quelques semaines plus tard et qui constituent pour partie essentielle la base de votre apprentissage.

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Bien qu’incontournable dans l’histoire de l’art,  beau et respectable par les qualités qu’il requiert et inspire,  le métier de modèle vivant est méconnu et n’a généralement pas la considération qu’il mérite. A tel point que les modèles,  aujourd’hui,  sont contraints de revendiquer reconnaissance,  pour continuer à en vivre. Symbole originel,  la nudité de l’être est de plus en plus sous-estimée et dévoyée. La dimension holistique de ce témoignage peut être alors entendue comme un cri de ralliement à l’authenticité et la transparence…

NUDITÉ

Étant modèle vivant,  la nudité me confère une expérience si intime et si belle,  que j’ai à cœur de partager ce qu’elle suscite de plus beau à mon regard.

Poser corps et âme est un yoga à part entière.  Immobile,  silencieux,  je Respire la question d’être Là,  du plus proche au plus loin qu’il me soit donné. Pour ma plus grande joie,  je suis au cœur d’une œuvre protéiforme,  dont le processus sans limite est une alchimie,  où l’observé,  l’observateur,  et l’acte créateur  sont Unité.

L’immanence de l’amour dans la nudité est universelle pour tout un chacun. Se reconnaître et se sentir en résonance avec ce en quoi nous renvoie ce mot,  Nudité,  est naturel.    Elle est le miroir cathartique de toute humanité,  dont l’immédiate beauté,  met à nu tous les habits du paraître…

En son expression de cœur,  la présence n’a pas de prix,  et sans passion, l’exercice du modèle ne peut perdurer. Dans un monde où l’avoir compte plus que l’être,  il est important que les décideurs de nos conditions de travail,  de statut et de salaire,  prennent en compte notre nécessité sociale,  en tant qu’artiste et coenseignant à part entière,  et en tant que ce que nous représentons et rappelons de la réalité du « vivant » et de la nature humaine.

Il n’est guère possible d’être à l’aise et de donner le meilleur de soi,  sans les outils et les conditions de travail qui correspondent à ce métier. Entendez-nous bien,  décideurs,  responsables et professeurs,  il s’agit ici de respect et de considération élémentaire,  que d’avoir chauffages adéquats,  tapis,  blocs de mousse …  et lieu pour nos affaires.

Dans bien des cas,  il est malheureux et déplorable que l’outil fasse aussi partie de nos revendications.  Bien que nous ne manquons pas de bonne volonté et d’adaptabilité,  moins on a,  moins on peut donner. La nudité est sacrée,  délicate et sensible.  Sans l’enveloppe du vêtement, un besoin accru d’égard et de prévenance respectueuse lui sont nécessaires.

Quelle que soit la nature de sa manifestation,  la nudité est une et infinie. Là où se contemple et se réfléchit la lumière,  là où l’essentielle et primitive beauté est nourriture pour l’âme,  l’émerveillement se fait jour.

 »  Entre ombre et lumière,  la magie est à l’œuvre. Ivre d’ineffables poésies,  l’Esprit Nu prend corps sur les vierges étendues. Vivant,  vibrant de l’indomptable frémissement,  il reçoit,  tressaillant,  le baiser de l’anima « 

Jean,  danseur de l’immobile à l’ ESBA de Toulouse.

Un reportage sur le modèle (en atelier)  diffusé mercredi 24 mars 2010, à 15h15 sur France 2, dans l’émission « Comment ça va bien ? » de Stéphane Bern (Rubrique Le Quotidien)

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Le modèle… son rôle, ses influences, ces conditions d’existence.
Etre modèle, ce n’est pas seulement être nu, mais savoir se mettre à nu.

Figure emblématique de l’identité artistique, le modèle est une personne dont la sensibilité, les qualités d’expression, et les vertus empathiques, se doivent d’être particulièrement développées.

Car, s’il n’est reconnu en tant qu’artiste, le premier rôle du modèle, à l’instar d’une prestation scénique, est de saisir l’esprit d’une audience, d’un lieu – en l’occurrence de l’Atelier – et à travers l’essentiel de sa perception, de cristalliser corps et formes pour donner à voir et à dessiner « in vivo ».
Provoquant le regard inconscient et collectif du spectateur, il crée un impact, puis joue avec l’idée de nudité et l’ambiguïté qu’elle confère aux représentations corporelles d’une société.

Simultanément, sa présence initie un processus d’inspiration, installe un climat propice à l’absorption. Vecteur de concentration, qui apaise, rafraîchi, suspend le regard, invitant le chercheur à prendre de la distance avec lui-même, distance nécessaire à l’ouverture du canal des perceptions, son énergie crée du champ en réconciliant le soi et l’altérité, le Moi profond et le Moi social. En cela le modèle est véhicule de l’œuvre, et rend un service public universel incontestable.

Incarnation de la genèse humaine, sa nudité convoque un espace intemporel reliant l’artiste à sa propre intégrité et à sa dimension de grand observateur du vivant. Qu’il soit immobile ou en déplacement dans l’espace, cette mise à nu appelle les forces de vie à se manifester en silence.

Il n’est pas de hiérarchie dans l’Atelier, mais échanges et complicités, circulations d’énergies et successions d’états partagés, dont tout témoin non initié à ce voyage singulier ne peut en pressentir l’alchimie. Car, par la voie intuitive de ses grâces, le modèle doit paradoxalement à travers son expression, cultiver une forme d’invisibilité, pour ainsi dire « se faire oublier » au service de la matière .

C’est pourquoi il existe un mépris du modèle, et son existence est bien souvent occultée. On parle d’une œuvre, mais on se soucie peu de son support original, d’autant moins qu’il est vivant. Pas de droit à l’image, de droit de perception sur les ventes, pas de définition du métier, donc pas de statut social. Le modèle est mis au rabais du marché de l’Art, sacrifié au nom de l’ingratitude généralisée.
La position la plus enviable et la plus fréquente qui lui soit idéalement assignée est de devenir la compagne ou le compagnon de l’Artiste.

Parce-qu’il est présence du vivant, à la fois émetteur et récepteur, corps mis à nu exposé en silence dans l’exercice de son travail à d’extrêmes limites physiologiques et psychologiques,livré aux énergies parfois tumultueuses de la transe créatrice, au froid, aux tensions accumulées, il ne peut être négligé ; est-il besoin de rappeler que tout le monde ne peut devenir modèle, qu’il ne peut s’agir d’une occupation de dilettante ?

Non, car c’est un véritable choix, convaincu de la nécessité de l’Art et de sa fonction pour  le devenir « vivant » de notre société. La mise en jeu de la nudité en public, autrement dit, vivre nu* , enseigne absolument sur la nature humaine, puisque cette pratique nécessite une ouverture et une mise à l’épreuve de valeurs culturelles contemporaines, doublées d’une endurance physique et psychologique .

Ne serait-il pas temps de comprendre que l’intelligence prend sa dimension à la mesure de notre champ de conscience, et que le corps en est le messager ultime et suprême ? Tout esprit coupé de ses sensations, donc de sa perception corporelle, dénie la réalité du monde.

Pascaline Denimal, Modèle, danseuse et chorégraphe.
Paris, Décembre 2008

* Marie-Christine Delabaere : Je vis nue, Paris, Panazol (Lavauzelle Graphic), 1992.

Manuel destiné aux curieux, aux ignorants, aux sympathisants et accessoirement à tous ceux qui prennent le modèle pour une potiche !

> Texte complet au format pdf (13p., 446 Ko)

Je suis modèle d’arts plastiques. J’ai 37 ans. Je pose depuis une dizaine d’années. Et depuis 1997, aux Ateliers Beaux-Arts de la Ville de Paris.

J’ai d’abord posé de façon occasionnelle. Puis c’est devenu une passion, mon métier, ma principale source de revenus.

En dehors des vacances scolaires et du mois de septembre, je pose, en moyenne, l’équivalent de cinq matinées et cinq après-midi par semaine, avec en plus, par jour, de trois à cinq heures de transport. Les Ateliers Beaux-Arts de la Ville de Paris est l’employeur qui me donne le plus de poses.

Aucune autre profession ne m’attire ni ne me semble suffisamment digne d’intérêt. Je veux continuer à gagner ma vie en posant. Je m’imagine volontiers continuer à poser à 40 ans, 50 ans, 60 ans. La maturité des modèles est belle et il manque de modèles âgés.

J’ai BAC plus 5 : un DEA de Lettres Modernes. Je n’ai donc pas rien dans la tête : chez notre public, les clichés sont tenaces et beaucoup s’imaginent que le modèle n’a pas de cerveau. Ils sont étonnés de découvrir que beaucoup de modèles sont diplômés, et même parfois plus qu’eux. (Dommage que la fiche de salaire n’en tienne pas compte.) La question des diplômes n’a cependant pas grand sens, elle n’est qu’un pied de nez aux préjugés. Avec ou sans diplômes, le bon modèle sait poser.

Pendant mes études, je croyais vouloir ensuite travailler dans l’édition. J’ai mis un terme à mes multiples stages en maisons d’édition et j’ai choisi de travailler sérieusement en tant que modèle. Cette voie est donc mon désir.

J’ai travaillé en parallèle comme biographe ces dernières années (maigre source de revenus).

Je suis aussi de l’autre côté, au pied de l’estrade, puisque je dessine et peins des modèles. J’ai réalisé ma première exposition, personnelle, en octobre 2007. Travailler d’après modèle me passionne. L’être humain est un univers fascinant, une aventure sans fin, sur lequel il y a encore beaucoup à dire picturalement, plastiquement. Mon travail de dessinateur/peintre nourrit mon travail de modèle, et réciproquement.

J’ai entassé les notes, les réflexions, sur mon expérience de modèle. Je voulais en écrire un texte pour montrer la richesse de cette univers. La méconnaissance de ce métier me semble toujours abyssale. J’ai mis des années à oser lutter contre les préjugés sur le modèle : à revendiquer cette activité comme un métier et comme un art.

Voici un texte qui est ma conception du métier de modèle. Cette description, cette synthèse, est notamment destinée à ceux qui ne connaissent pas le monde des ateliers, à ceux qui sont dépourvus d’apriori, ou bien pétris de clichés, rabaissant cette activité à un « job d’étudiant » ou à un « job de retraité », comme de nombreuses personnes à la Direction administrative des Ateliers Beaux-Arts de la Ville de Paris.

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Samedi 14 février à 12h30, place St-Germain-des-Prés, Paris 6ème

CoMBA, le Collectif des modèles des Beaux-Arts,
soutenu par le Comité modèles de Paris,
organise le
2ème happening participatif « 15+ou-1 »

Entre modèles et sympathisants,


« À l’amour du métier »

Révérence déambulatoire

Depuis la place St-Germain-des-Prés, un cortège se dirigera – en musique – vers le jardin des Tuileries pour saluer – derrière les statues – les modèles ayant contribué à leur réalisation. Ils rendront aussi hommage à Dina Vierny, muse du sculpteur Aristide Maillol.

Appel :

Donner au métier de modèle ses lettres de noblesse

Les modèles de l’École nationale supérieure des Beaux-arts de Paris (CoMBA), soutenus par les modèles des Ateliers des Beaux arts de Paris (Comité Modèles de Paris), sortent de leurs ateliers pour le 2ème happening participatif « 15+ou-1 ». Ils invitent les modèles des autres structures et ateliers, ainsi que tous les sympathisants, à les rejoindre autour du 15 de chaque mois pour soutenir le mouvement des modèles, visant une reconnaissance financière et éthique de leur métier. Ils demandent à cet effet le doublement de leur salaire (actuellement dérisoire) et un statut approprié, s’appuyant sur une charte du métier. Ils rejettent la vision passéiste et misérabiliste que l’on porte sur eux, pour au contraire, riches de leur passé, s’ancrer de plein pied dans l’art contemporain et l’enseignement artistique actuel.

INFOS « 15+ou-1 » : https://comba2008.wordpress.com et http://modelesdeparis.blogvie.com

> Version pdf du communiqué de presse