Grippé: fiévreux, courbaturé, sans force, avec mal de tête et de gorge. 3 jours sous les couvertures a ne pouvoir rien faire et 3 autres pour se remettre sur pied. Ça vous est arrivé?

Il fait froid, ¾ d’heure de trajet, 20 minutes de retard à l’arrivé. Une immense salle vitrée d’un établissement d’enseignement publique d’art plastique, dont le système de chauffage est en panne depuis le matin. Autour de la sellette, en contrebas, 3 chauffages d’appoint sur roulettes -de ceux que l’on a parfois chez soi et dont on ressent la chaleur… lorsqu’on est à califourchon dessus. Au bout d’une heure et demi des 4 heures de poses prévues, à la question « C’est assez chaud ?» je réponds « C’est pas l’été !». Le lendemain matin, je pose en modelage aux Beaux-arts. Un immense atelier mais avec un chauffage efficace autour de la sellette, tout va bien. L’après midi je toussote un peu. Puis, une nuit passée à me tourner dans mon lit et au matin le constat: « Ça y est, je suis grippé ». Traine ma frêle carcasse  rue Bonaparte, pour assurer la dernière séance modelage prévue, mais dès 10 heures, je décommande mon rendez-vous de 16h dans une école privée -rendez-vous pourtant confirmé la veille- ressentant l’aggravation probable de mon état physique incompatible avec l’exercice de la profession. Par malchance, c’est sur ceux a qui j’avais posé involontairement un gros lapin une semaine auparavant qui en font les frais. Donc récidive sous une autre forme. Ça pardonne pas: mon nom devrait probablement disparaître des écrans radars de cet établissement.

CERTIFICAT MÉDICAL OU REMÈDE EFFICACE?

Le modèle vacataire quand il est malade n’a que ses yeux pour pleurer: il ne peut plus bosser et perd de facto ses revenus, ne pouvant demander des comptes à des structures qui l’emploient de manière aléatoire, au compte-gouttes, et qui ne rétribuent que les heures de travail effectuées et non celles programmées. En plus, il sait qu’en foutant la pagaille en dernières minutes, on sera moins tenté de faire appel à lui à l’avenir. Un peu raide « l’addition » au regard du prix facturé pour ses prestations!

Alors, contacter un médecin pour justifier d’un certificat médical ne lui sera d’aucun secours. Et il a bien d’autres priorités, comme guérir au plus vite… et échapper à des conditions de travail qui seraient préjudiciables à sa santé, en évitant de poser nu s’il a froid. Ça tombe sous le sens, mais le modèle parce qu’il se sait « au service de l’enseignement » rechigne d’instinct à en perturber le bon déroulement.

Le remède: disposer de lieux de poses bien chauffés et équipés de puissants radiants qui rayonnent la chaleur et de soufflants qui la poussent, amovibles et en nombre plus que de besoin pour palier à toutes éventualités et s’ajuster au mieux  au bien être du modèle. Mais il est, à ce jour, bien rare à trouver.

Publicités

Episode 1

Je laisse aller ma vie de modèle au gré des ans, de la conjoncture économique, et du souvenir que professeurs et artistes gardent de moi et des mes prestations. Un numéro de modèle (qu’il commence par zéro six ou qu’il lui ait valu des applaudissements) s’oublie vite, néanmoins. Et même lorsqu’on parvient à se préserver quelques aires d’enseignement gardées (des écoles qui avec vous pour modèle et deux ou trois autres n’ont pas besoin de plus ni mieux), cela ne vous rapporte pas (venant de chacune d’elles) au delà parfois de quinze ou vingt heures par an.
Et malgré tout je m’estime heureux très souvent de pouvoir exercer ce métier, en plus ou en dehors de celui de tailleur de pierres qui m’occupe une grande partie de l’année, quand il y a du travail et donc de l’argent en grande quantité pour qu’on daigne en consacrer une (petite) partie à la préservation du patrimoine architectural, en France, à Paris.

Je remercie tous les gens qui m’ont permis d’en rencontrer d’autres en dehors de mon cercle de relations strictement professionnelles (le milieu de la taille de pierre est restreint finalement), et qui m’ont laissé assez de temps pour faire mes preuves (concernant l’expression artistique) et apprivoiser un corps qui a tiré grand bénéfice de cette discipline. Poser nu. Je crois que je n’aurais pas le courage aujourd’hui de repasser par mes débuts (de cette activité en tant que modèle vivant), qui ont tellement coïncidé avec toutes les erreurs qu’on ne refait pas les séances d’après, stigmatisé par les douleurs encore marquantes quelques semaines plus tard et qui constituent pour partie essentielle la base de votre apprentissage.

Cliquer ici pour lire la suite

Bien qu’incontournable dans l’histoire de l’art,  beau et respectable par les qualités qu’il requiert et inspire,  le métier de modèle vivant est méconnu et n’a généralement pas la considération qu’il mérite. A tel point que les modèles,  aujourd’hui,  sont contraints de revendiquer reconnaissance,  pour continuer à en vivre. Symbole originel,  la nudité de l’être est de plus en plus sous-estimée et dévoyée. La dimension holistique de ce témoignage peut être alors entendue comme un cri de ralliement à l’authenticité et la transparence…

NUDITÉ

Étant modèle vivant,  la nudité me confère une expérience si intime et si belle,  que j’ai à cœur de partager ce qu’elle suscite de plus beau à mon regard.

Poser corps et âme est un yoga à part entière.  Immobile,  silencieux,  je Respire la question d’être Là,  du plus proche au plus loin qu’il me soit donné. Pour ma plus grande joie,  je suis au cœur d’une œuvre protéiforme,  dont le processus sans limite est une alchimie,  où l’observé,  l’observateur,  et l’acte créateur  sont Unité.

L’immanence de l’amour dans la nudité est universelle pour tout un chacun. Se reconnaître et se sentir en résonance avec ce en quoi nous renvoie ce mot,  Nudité,  est naturel.    Elle est le miroir cathartique de toute humanité,  dont l’immédiate beauté,  met à nu tous les habits du paraître…

En son expression de cœur,  la présence n’a pas de prix,  et sans passion, l’exercice du modèle ne peut perdurer. Dans un monde où l’avoir compte plus que l’être,  il est important que les décideurs de nos conditions de travail,  de statut et de salaire,  prennent en compte notre nécessité sociale,  en tant qu’artiste et coenseignant à part entière,  et en tant que ce que nous représentons et rappelons de la réalité du « vivant » et de la nature humaine.

Il n’est guère possible d’être à l’aise et de donner le meilleur de soi,  sans les outils et les conditions de travail qui correspondent à ce métier. Entendez-nous bien,  décideurs,  responsables et professeurs,  il s’agit ici de respect et de considération élémentaire,  que d’avoir chauffages adéquats,  tapis,  blocs de mousse …  et lieu pour nos affaires.

Dans bien des cas,  il est malheureux et déplorable que l’outil fasse aussi partie de nos revendications.  Bien que nous ne manquons pas de bonne volonté et d’adaptabilité,  moins on a,  moins on peut donner. La nudité est sacrée,  délicate et sensible.  Sans l’enveloppe du vêtement, un besoin accru d’égard et de prévenance respectueuse lui sont nécessaires.

Quelle que soit la nature de sa manifestation,  la nudité est une et infinie. Là où se contemple et se réfléchit la lumière,  là où l’essentielle et primitive beauté est nourriture pour l’âme,  l’émerveillement se fait jour.

 »  Entre ombre et lumière,  la magie est à l’œuvre. Ivre d’ineffables poésies,  l’Esprit Nu prend corps sur les vierges étendues. Vivant,  vibrant de l’indomptable frémissement,  il reçoit,  tressaillant,  le baiser de l’anima « 

Jean,  danseur de l’immobile à l’ ESBA de Toulouse.

Un reportage sur le modèle (en atelier)  diffusé mercredi 24 mars 2010, à 15h15 sur France 2, dans l’émission « Comment ça va bien ? » de Stéphane Bern (Rubrique Le Quotidien)

Voir la vidéo en cliquant ici

Manuel destiné aux curieux, aux ignorants, aux sympathisants et accessoirement à tous ceux qui prennent le modèle pour une potiche !

> Texte complet au format pdf (13p., 446 Ko)

Je suis modèle d’arts plastiques. J’ai 37 ans. Je pose depuis une dizaine d’années. Et depuis 1997, aux Ateliers Beaux-Arts de la Ville de Paris.

J’ai d’abord posé de façon occasionnelle. Puis c’est devenu une passion, mon métier, ma principale source de revenus.

En dehors des vacances scolaires et du mois de septembre, je pose, en moyenne, l’équivalent de cinq matinées et cinq après-midi par semaine, avec en plus, par jour, de trois à cinq heures de transport. Les Ateliers Beaux-Arts de la Ville de Paris est l’employeur qui me donne le plus de poses.

Aucune autre profession ne m’attire ni ne me semble suffisamment digne d’intérêt. Je veux continuer à gagner ma vie en posant. Je m’imagine volontiers continuer à poser à 40 ans, 50 ans, 60 ans. La maturité des modèles est belle et il manque de modèles âgés.

J’ai BAC plus 5 : un DEA de Lettres Modernes. Je n’ai donc pas rien dans la tête : chez notre public, les clichés sont tenaces et beaucoup s’imaginent que le modèle n’a pas de cerveau. Ils sont étonnés de découvrir que beaucoup de modèles sont diplômés, et même parfois plus qu’eux. (Dommage que la fiche de salaire n’en tienne pas compte.) La question des diplômes n’a cependant pas grand sens, elle n’est qu’un pied de nez aux préjugés. Avec ou sans diplômes, le bon modèle sait poser.

Pendant mes études, je croyais vouloir ensuite travailler dans l’édition. J’ai mis un terme à mes multiples stages en maisons d’édition et j’ai choisi de travailler sérieusement en tant que modèle. Cette voie est donc mon désir.

J’ai travaillé en parallèle comme biographe ces dernières années (maigre source de revenus).

Je suis aussi de l’autre côté, au pied de l’estrade, puisque je dessine et peins des modèles. J’ai réalisé ma première exposition, personnelle, en octobre 2007. Travailler d’après modèle me passionne. L’être humain est un univers fascinant, une aventure sans fin, sur lequel il y a encore beaucoup à dire picturalement, plastiquement. Mon travail de dessinateur/peintre nourrit mon travail de modèle, et réciproquement.

J’ai entassé les notes, les réflexions, sur mon expérience de modèle. Je voulais en écrire un texte pour montrer la richesse de cette univers. La méconnaissance de ce métier me semble toujours abyssale. J’ai mis des années à oser lutter contre les préjugés sur le modèle : à revendiquer cette activité comme un métier et comme un art.

Voici un texte qui est ma conception du métier de modèle. Cette description, cette synthèse, est notamment destinée à ceux qui ne connaissent pas le monde des ateliers, à ceux qui sont dépourvus d’apriori, ou bien pétris de clichés, rabaissant cette activité à un « job d’étudiant » ou à un « job de retraité », comme de nombreuses personnes à la Direction administrative des Ateliers Beaux-Arts de la Ville de Paris.

> cliquer ici pour lire la suite

Dans sa lettre d’interpellation, du 3 décembre 2008, adressée au Directeur des Beaux-arts de Paris, CoMBA demande :
– une rémunération des prestations-modèles sur la base de 27 euros bruts/h;
– une profonde amélioration du statut de modèle vacataire ;
– une mise à disposition de lieu et de matériel propres et fonctionnels pour l’exercice de leur art.