In naturalibus ou de la nudité de soi

24 mars 2010

Bien qu’incontournable dans l’histoire de l’art,  beau et respectable par les qualités qu’il requiert et inspire,  le métier de modèle vivant est méconnu et n’a généralement pas la considération qu’il mérite. A tel point que les modèles,  aujourd’hui,  sont contraints de revendiquer reconnaissance,  pour continuer à en vivre. Symbole originel,  la nudité de l’être est de plus en plus sous-estimée et dévoyée. La dimension holistique de ce témoignage peut être alors entendue comme un cri de ralliement à l’authenticité et la transparence…

NUDITÉ

Étant modèle vivant,  la nudité me confère une expérience si intime et si belle,  que j’ai à cœur de partager ce qu’elle suscite de plus beau à mon regard.

Poser corps et âme est un yoga à part entière.  Immobile,  silencieux,  je Respire la question d’être Là,  du plus proche au plus loin qu’il me soit donné. Pour ma plus grande joie,  je suis au cœur d’une œuvre protéiforme,  dont le processus sans limite est une alchimie,  où l’observé,  l’observateur,  et l’acte créateur  sont Unité.

L’immanence de l’amour dans la nudité est universelle pour tout un chacun. Se reconnaître et se sentir en résonance avec ce en quoi nous renvoie ce mot,  Nudité,  est naturel.    Elle est le miroir cathartique de toute humanité,  dont l’immédiate beauté,  met à nu tous les habits du paraître…

En son expression de cœur,  la présence n’a pas de prix,  et sans passion, l’exercice du modèle ne peut perdurer. Dans un monde où l’avoir compte plus que l’être,  il est important que les décideurs de nos conditions de travail,  de statut et de salaire,  prennent en compte notre nécessité sociale,  en tant qu’artiste et coenseignant à part entière,  et en tant que ce que nous représentons et rappelons de la réalité du « vivant » et de la nature humaine.

Il n’est guère possible d’être à l’aise et de donner le meilleur de soi,  sans les outils et les conditions de travail qui correspondent à ce métier. Entendez-nous bien,  décideurs,  responsables et professeurs,  il s’agit ici de respect et de considération élémentaire,  que d’avoir chauffages adéquats,  tapis,  blocs de mousse …  et lieu pour nos affaires.

Dans bien des cas,  il est malheureux et déplorable que l’outil fasse aussi partie de nos revendications.  Bien que nous ne manquons pas de bonne volonté et d’adaptabilité,  moins on a,  moins on peut donner. La nudité est sacrée,  délicate et sensible.  Sans l’enveloppe du vêtement, un besoin accru d’égard et de prévenance respectueuse lui sont nécessaires.

Quelle que soit la nature de sa manifestation,  la nudité est une et infinie. Là où se contemple et se réfléchit la lumière,  là où l’essentielle et primitive beauté est nourriture pour l’âme,  l’émerveillement se fait jour.

 »  Entre ombre et lumière,  la magie est à l’œuvre. Ivre d’ineffables poésies,  l’Esprit Nu prend corps sur les vierges étendues. Vivant,  vibrant de l’indomptable frémissement,  il reçoit,  tressaillant,  le baiser de l’anima « 

Jean,  danseur de l’immobile à l’ ESBA de Toulouse.

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