Jeudi 16 Avril 2009

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J’ai fait trois mois de cours de dessin et peinture dans cette prestigieuse école des Beaux-Arts, avec plein de croquis de ces corps harmonieux qui se dévoilent pour nous et qui nous permettent de progresser sous l’œil expert du professeur.  Sans ces modèles je n’aurais pu progresser, sans leur patience et leur talent de poser, sans eux tous nos grands maîtres anciens n’auraient pu réaliser de chefs-d’œuvre, c’est pourquoi il est indispensable pour le présent et l’avenir de pérenniser cette tradition. Il est primordial également que tous ces modèles aient un revenu décent et une protection sociale digne de ce nom malgré cette crise handicapante. Au gouvernement d’aider vraiment ceux qui en ont besoin et d’oublier pour un instant le patronat, qu’ils revoient leur copie et corrigent judicieusement toutes les injustices que notre pays a à endurer.

Pour ma part c’est la deuxième fois que je participe à ce genre de manifestation avec les modèles, et je les soutiens comme je peux. Hier j’ai fait le mort dans la cour des Beaux-Arts et un mois auparavant je les dessinais dans la rue devant l’Eglise Saint-Germain-des-Prés.

Dominique LECLERE, élève cours pour adultes

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Un article dans Le Parisien du 16 avril relate le « lying » qui a eu lieu hier aux Beaux-arts…

Parisien 09-04-16 photo

Parisien 09-04-16 photo

L’administration de l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts se replie par rapport à ce qu’elle laissait entendre lors du  rendez-vous précédent (5 mars), et se réfugie derrière sa tutelle (le Ministère de la culture et de la communication), pour éviter de répondre favorablement à la demande des modèles : elle préfère se voir imposer par le haut une nécessaire revalorisation, dont elle devrait naturellement être la locomotive.

Nous avons pu le constater, les médias, les publics des expositions, les élèves et les professeurs des écoles d’art ont bien perçu le scandale de ce déni : les modèles sont aujourd’hui « gratifiés » d’une rémunération choquante, qui ne correspond pas au métier qu’ils exercent. Les enseignants de l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts ont globalement manifesté leur soutien aux revendications des modèles, aux côtés des centaines de signataires de la pétition.

Oui, une démarche doit être entamée au Ministère, pour donner au modèle, partout où il travaille, un statut et le doublement de la rémunération, soit environ 27 euros de l’heure. Une grille existe déjà correspondant à cela, qui reconnaît la compétence et donne une compensation financière à la précarité : celle des assistants d’enseignement.

Cependant, assez de langue de bois : nous ne pouvons accepter cette scandaleuse fin de non-recevoir ! Nous maintenons qu’il existe des marges de manoeuvre pour, dès maintenant, valoriser les heures des modèles en journée. Le Directeur de l’ENSBA évoquait dans la presse le « malaise de ces intermittents au statut de vacataires ». La notoriété et le statut de l’école imposent a minima d’appuyer la démarche de revalorisation des modèles auprès du Ministère.

C’est pourquoi, le 15 avril
soyons « MORTS » pour le MODÈLE VIVANT !
rdv 13h, Cour Bonaparte

Nu couché

9 avril 2009 – CoMBA – Section SUD-Culture ENSBA

Sur la chute de l’emploi, considérations de fond

Il ne s’agit pas là de faire un article empli d’élégantes références sur le peintre et son modèle : Raphaël, ou plus près de nous feue Dina, qui offrit les statues de Maillol du Jardin des Tuileries. Non, il s’agit de souligner les dangers qui menacent une profession et, au delà d’elle, un savoir-faire artistique qui une fois réellement perdu mettrait plusieurs générations pour réapparaître décemment. Car, comme ce fut le cas pour l’art du clavecin, on peut prophétiser que l’Académie, une fois abîmée (heureusement cela n’est pas encore le cas !) se dérobera longtemps à la reconquête des générations. Si cela advient, notre art sera jugé plus tard en deçà techniquement (et non pas dans sa sensibilité, bien entendu) comme l’est celui du haut moyen âge, postérieur aux invasions barbares, triste temps qui perdit jusqu’aux techniques de l’agriculture…
On reste dubitatif à entendre dire, en gros, par l’actuel prix Prince Pierre de sculpture, que le modelage sur modèle est dépassé. Dubitatifs, comme beaucoup sont restés dubitatifs sur la prétendue vétusté du quadri-millénaire B.A.BA et le remède miracle de la « Gestalt Theorie » (méthode globale) pour l’apprentissage de la lecture. On sait qu’on en est revenu ! Le modèle et le modelage sont tout autant quadri-millénaires ! Dans l’opinion de ce sculpteur, on voit que le monde artistique prétend tourner la page sur un enseignement prétendu vétuste. Enseignement que représente, sur Paris, un plus ancien détenteur du même prix Prince Pierre, dernier maillon d’une chaîne illustre : le professeur Jean-François Duffau, compagnon de route de César, parti à la retraite des Beaux-Arts, il y a deux ans. Pourtant, en modelage, durant l’Académie d’Eté, uniquement pour ce maître, une vingtaine d’élèves se sont déplacés de Grèce, Corée, Liban, Angleterre, etc., de toutes les régions de la France. C’était la potence, le couteau, le fil à plomb, l’analyse de la morphologie, le calcul des aplombs sur un modèle debout. On se demande si autant de gens se déplaceraient pour des cours plus théoriques, voire philosophiques sur l’expression ou l’esthétique…
Est-ce à dire que les modèles vont disparaître ? l’art évoluerait-il vers un désapprentissage de nos bases culturelles ? Lui substituerait-on des figures moins exigeantes ? la fantaisie serait plus libre, mais paradoxalement l’oeil sans brides ni leçons ? Est-il possible que la place du modèle s’avérerait de plus en plus limitée dans une école publique qui affirme pourtant porter son flambeau : les Beaux-Arts de Paris ? Ce n’est pas son discours actuel, d’après la très courue exposition du professeur Philippe Comar « Figures du corps : une leçon d’anatomie à l’école des Beaux-arts ». Malgré tout, si jamais une chute de l’intérêt pour les modèles au sein de cette grande école advenait, il en serait fatalement de même ailleurs. Quand bien même cela se produirait, il faudrait rester confiant : il est évident qu’on aura toujours besoin de passer par l’étude de nu : l’école Méliès à Orly, spécialisée dans l’animation en trois dimensions, reprend à son compte le grand maître Duffau, et des adolescents profitent du magnifique héritage qui leur échoie. On voit par là que le Public diminue sa part et le Privé maintient plus longtemps la rigueur de l’apprentissage académique. Alors ? La pente semble fatale ? le travail des modèles de plus en plus précaire ?

Eternité du métier de modèle

On pourra accuser cette opinion d’être un peu passéïste, mais elle ne veut pointer au contraire que l’éternelle utilité du métier, le bien fondé de l’étude de nu et les dangers de remettre en question cet enseignement. On suppose aussi que de nouvelles formes d’art, comme l’étude en trois dimensions, appelleront toujours ce corps de métier et en définitive lui assurent un avenir certain.

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Cédric Costantino, sur Mercure futur, 9 mars 2009

[Ce texte est une libre expression, indépendante du collectif CoMBA]