Hommage à Dina Vierny

Quelques photographies de Laurent Hazgui (laurenthazgui.blogspot.com, http://www.fedephoto.com) :

Happening 15+-1, n°2 : Hommage à Dina Vierny [Photo de Laurent Hazgui, laurenthazgui.blogspot.com, www.fedephoto.com]

Hommage au Génie de la création (Beaux-arts)

Happening 15+-1, n°2 : Hommage à Dina Vierny [Photo de Laurent Hazgui, laurenthazgui.blogspot.com, www.fedephoto.com]

Quatre modèles, une statue (jardin des Tuileries)

Hommage à Dina Vierny

Hommage à Dina Vierny

Le modèle… son rôle, ses influences, ces conditions d’existence.
Etre modèle, ce n’est pas seulement être nu, mais savoir se mettre à nu.

Figure emblématique de l’identité artistique, le modèle est une personne dont la sensibilité, les qualités d’expression, et les vertus empathiques, se doivent d’être particulièrement développées.

Car, s’il n’est reconnu en tant qu’artiste, le premier rôle du modèle, à l’instar d’une prestation scénique, est de saisir l’esprit d’une audience, d’un lieu – en l’occurrence de l’Atelier – et à travers l’essentiel de sa perception, de cristalliser corps et formes pour donner à voir et à dessiner « in vivo ».
Provoquant le regard inconscient et collectif du spectateur, il crée un impact, puis joue avec l’idée de nudité et l’ambiguïté qu’elle confère aux représentations corporelles d’une société.

Simultanément, sa présence initie un processus d’inspiration, installe un climat propice à l’absorption. Vecteur de concentration, qui apaise, rafraîchi, suspend le regard, invitant le chercheur à prendre de la distance avec lui-même, distance nécessaire à l’ouverture du canal des perceptions, son énergie crée du champ en réconciliant le soi et l’altérité, le Moi profond et le Moi social. En cela le modèle est véhicule de l’œuvre, et rend un service public universel incontestable.

Incarnation de la genèse humaine, sa nudité convoque un espace intemporel reliant l’artiste à sa propre intégrité et à sa dimension de grand observateur du vivant. Qu’il soit immobile ou en déplacement dans l’espace, cette mise à nu appelle les forces de vie à se manifester en silence.

Il n’est pas de hiérarchie dans l’Atelier, mais échanges et complicités, circulations d’énergies et successions d’états partagés, dont tout témoin non initié à ce voyage singulier ne peut en pressentir l’alchimie. Car, par la voie intuitive de ses grâces, le modèle doit paradoxalement à travers son expression, cultiver une forme d’invisibilité, pour ainsi dire « se faire oublier » au service de la matière .

C’est pourquoi il existe un mépris du modèle, et son existence est bien souvent occultée. On parle d’une œuvre, mais on se soucie peu de son support original, d’autant moins qu’il est vivant. Pas de droit à l’image, de droit de perception sur les ventes, pas de définition du métier, donc pas de statut social. Le modèle est mis au rabais du marché de l’Art, sacrifié au nom de l’ingratitude généralisée.
La position la plus enviable et la plus fréquente qui lui soit idéalement assignée est de devenir la compagne ou le compagnon de l’Artiste.

Parce-qu’il est présence du vivant, à la fois émetteur et récepteur, corps mis à nu exposé en silence dans l’exercice de son travail à d’extrêmes limites physiologiques et psychologiques,livré aux énergies parfois tumultueuses de la transe créatrice, au froid, aux tensions accumulées, il ne peut être négligé ; est-il besoin de rappeler que tout le monde ne peut devenir modèle, qu’il ne peut s’agir d’une occupation de dilettante ?

Non, car c’est un véritable choix, convaincu de la nécessité de l’Art et de sa fonction pour  le devenir « vivant » de notre société. La mise en jeu de la nudité en public, autrement dit, vivre nu* , enseigne absolument sur la nature humaine, puisque cette pratique nécessite une ouverture et une mise à l’épreuve de valeurs culturelles contemporaines, doublées d’une endurance physique et psychologique .

Ne serait-il pas temps de comprendre que l’intelligence prend sa dimension à la mesure de notre champ de conscience, et que le corps en est le messager ultime et suprême ? Tout esprit coupé de ses sensations, donc de sa perception corporelle, dénie la réalité du monde.

Pascaline Denimal, Modèle, danseuse et chorégraphe.
Paris, Décembre 2008

* Marie-Christine Delabaere : Je vis nue, Paris, Panazol (Lavauzelle Graphic), 1992.

Manuel destiné aux curieux, aux ignorants, aux sympathisants et accessoirement à tous ceux qui prennent le modèle pour une potiche !

> Texte complet au format pdf (13p., 446 Ko)

Je suis modèle d’arts plastiques. J’ai 37 ans. Je pose depuis une dizaine d’années. Et depuis 1997, aux Ateliers Beaux-Arts de la Ville de Paris.

J’ai d’abord posé de façon occasionnelle. Puis c’est devenu une passion, mon métier, ma principale source de revenus.

En dehors des vacances scolaires et du mois de septembre, je pose, en moyenne, l’équivalent de cinq matinées et cinq après-midi par semaine, avec en plus, par jour, de trois à cinq heures de transport. Les Ateliers Beaux-Arts de la Ville de Paris est l’employeur qui me donne le plus de poses.

Aucune autre profession ne m’attire ni ne me semble suffisamment digne d’intérêt. Je veux continuer à gagner ma vie en posant. Je m’imagine volontiers continuer à poser à 40 ans, 50 ans, 60 ans. La maturité des modèles est belle et il manque de modèles âgés.

J’ai BAC plus 5 : un DEA de Lettres Modernes. Je n’ai donc pas rien dans la tête : chez notre public, les clichés sont tenaces et beaucoup s’imaginent que le modèle n’a pas de cerveau. Ils sont étonnés de découvrir que beaucoup de modèles sont diplômés, et même parfois plus qu’eux. (Dommage que la fiche de salaire n’en tienne pas compte.) La question des diplômes n’a cependant pas grand sens, elle n’est qu’un pied de nez aux préjugés. Avec ou sans diplômes, le bon modèle sait poser.

Pendant mes études, je croyais vouloir ensuite travailler dans l’édition. J’ai mis un terme à mes multiples stages en maisons d’édition et j’ai choisi de travailler sérieusement en tant que modèle. Cette voie est donc mon désir.

J’ai travaillé en parallèle comme biographe ces dernières années (maigre source de revenus).

Je suis aussi de l’autre côté, au pied de l’estrade, puisque je dessine et peins des modèles. J’ai réalisé ma première exposition, personnelle, en octobre 2007. Travailler d’après modèle me passionne. L’être humain est un univers fascinant, une aventure sans fin, sur lequel il y a encore beaucoup à dire picturalement, plastiquement. Mon travail de dessinateur/peintre nourrit mon travail de modèle, et réciproquement.

J’ai entassé les notes, les réflexions, sur mon expérience de modèle. Je voulais en écrire un texte pour montrer la richesse de cette univers. La méconnaissance de ce métier me semble toujours abyssale. J’ai mis des années à oser lutter contre les préjugés sur le modèle : à revendiquer cette activité comme un métier et comme un art.

Voici un texte qui est ma conception du métier de modèle. Cette description, cette synthèse, est notamment destinée à ceux qui ne connaissent pas le monde des ateliers, à ceux qui sont dépourvus d’apriori, ou bien pétris de clichés, rabaissant cette activité à un « job d’étudiant » ou à un « job de retraité », comme de nombreuses personnes à la Direction administrative des Ateliers Beaux-Arts de la Ville de Paris.

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Samedi 14 février à 12h30, place St-Germain-des-Prés, Paris 6ème

CoMBA, le Collectif des modèles des Beaux-Arts,
soutenu par le Comité modèles de Paris,
organise le
2ème happening participatif « 15+ou-1 »

Entre modèles et sympathisants,


« À l’amour du métier »

Révérence déambulatoire

Depuis la place St-Germain-des-Prés, un cortège se dirigera – en musique – vers le jardin des Tuileries pour saluer – derrière les statues – les modèles ayant contribué à leur réalisation. Ils rendront aussi hommage à Dina Vierny, muse du sculpteur Aristide Maillol.

Appel :

Donner au métier de modèle ses lettres de noblesse

Les modèles de l’École nationale supérieure des Beaux-arts de Paris (CoMBA), soutenus par les modèles des Ateliers des Beaux arts de Paris (Comité Modèles de Paris), sortent de leurs ateliers pour le 2ème happening participatif « 15+ou-1 ». Ils invitent les modèles des autres structures et ateliers, ainsi que tous les sympathisants, à les rejoindre autour du 15 de chaque mois pour soutenir le mouvement des modèles, visant une reconnaissance financière et éthique de leur métier. Ils demandent à cet effet le doublement de leur salaire (actuellement dérisoire) et un statut approprié, s’appuyant sur une charte du métier. Ils rejettent la vision passéiste et misérabiliste que l’on porte sur eux, pour au contraire, riches de leur passé, s’ancrer de plein pied dans l’art contemporain et l’enseignement artistique actuel.

INFOS « 15+ou-1 » : https://comba2008.wordpress.com et http://modelesdeparis.blogvie.com

> Version pdf du communiqué de presse